Les socialistes et les Roms
Interview de François Rebsamen dans Le Parisien/Aujourd’hui en France de ce jour. Le titre « Les maires ont raison d’expulser les Roms » est accrocheur.
Selon les circonstances, il n’a pas tort : lorsqu’il y a occupation du terrain de foot, de champs privés, … Il faut bien que le droit soit respecté. On pourrait ajouter que les mairies devraient s’équiper, au niveau intercommunal, de terrains de passage avec eau et accès à l’électricité, ramassage des ordures. C’est loin d’être le cas et cela touche à la fois les gens du voyage (bien de chez nous) et les Roms. Notre maire, dans notre petite commune de Touraine, négocie avec le responsable un accord prévoyant le paiement de l’eau, de l’électricité et du ramassage des ordures. Cela fonctionne bien dans 90% des cas. Dans quelques cas, il nous faut faire appel à la gendarmerie qui leur demande de quitter le terrain illégalement occupé : cela ne fait que reporter le problème un peu plus loin.
Mais lorsqu’il s’agit de liquider des camps certes illégaux, certes insalubres mais avec pour résultat la saisie du seul bien qui est la caravane et de laisser sans abri, à la « belle » étoile, les femmes et les enfants, alors il y a problème.
Là où je suis en désaccord avec Rebsamen c’est lorsqu’il fustige les manifestations contre la xénophobie et la haine raciste. Cela dépasse de beaucoup la question des Roms et vise toute la politique répressive mise en place depuis 3 ans ainsi que les projets lancés par le discours de Grenoble. La place des socialistes est dans ces manifestations au côté des associations, des syndicats et des autres forces de gauche.
Là il se trompe l’ami Rebsamen !
Rencontre avec les Français de l’étranger
Nous venons de tenir notre Convention des Français de l’étranger, membres du PS. C’est un vrai plaisir de revoir tous les amis avec qui nous militons depuis tant d’années mais que, par le fait de l’éloignement, je ne peux revoir que de temps en temps sauf si la chance me permet de visiter leur pays. Plus de 150 camarades donc réunis pour deux jours de travail studieux : comptes-rendus des responsables, réflexions préparatoires à l’élaboration de nos positions en matière internationale, préparation du Projet fédéral « ensemble, demain », … Et pour une fois, l’élaboration de la liste pour les sénatoriales n’a pas donné lieu à d’inutiles et amers affrontements. De même la préparation des primaires pour les législatives s’est fait dans une sérénité réelle. C’est la marque d’une grande maturité politique.
Deux orateurs « nationaux » sont venus nous discuter avec nous :
- Christophe Borgel, secrétaire national aux Fédérations et responsable de la préparation des élections qui a assumé avec beaucoup de courage le fait le national prend en considération les votes de désignation des adhérents (pour les législatives) mais peut, dans certains cas, être amené à le modifier pour des raisons majeures (en particulier la mise en œuvre d’un accord politique avec des partis alliés).
- Martine Aubry qui a repris plusieurs thèmes de son grand discours de clôture de La Rochelle : la politique xénophobe et raciste de Nicolas Sarkozy, nos propositions en matière de sécurité, le primat de l’économie et du social, …
Tout le monde apprécie que le Premier secrétaire nous consacre deux heures : un grand moment d’amitié et de convivialité !
La reprise
C’est la reprise dans tous les sens du terme et l’actualité est très chargée. Nous commençons les réunions habituelles du PS et de notre Fédération des Français à l’étranger : c’est l’occasion unique dans l’année de nous rencontrer physiquement et de débattre de vive voix, toujours mieux que par mél. Discours important de Martine Aubry en clôture de l’Université d’été de La Rochelle : elle se pose en véritable chef de l’opposition et fait des propositions programmatiques fortes. Je m’en réjouis car le PS commence à se poser en force alternative à la gabegie et au naufrage de Nicolas Sarkozy, et en force de proposition. C’est toujours mieux de faire des propositions concrètes et précises.
En même temps ceci nous montre que Martine Aubry se rapproche d’une candidature élyséenne et peut se trouver donc en concurrence avec Dominique Strauss Khan qui, du reste, traine un peu à nous éclairer sur ses intentions. Ne le pressons pas trop car il doit gérer son agenda FMI en même temps. Mais comme je crois qu’il faut faire brûler une petite flamme en faveur de sa candidature à la primaire et développer ses idées, je prends l’initiative, avec Claudine Lepage également sénatrice des Français à l’Étranger, d’ouvrir un site internet sobrement nommé : « http://www.dskpour2012.com/ ». Il permettra aux Français expatriés de suivre la précampagne pour la primaire et de manifester, s’ils le souhaitent, leur soutien.
Rambouillet, ville verte
C’est une excellente nouvelle que la victoire d’Anne Poursinoff dans l’élection législative partielle de Rambouillet, dimanche dernier. J’ai appris à la longue qu’il y a des signes qui montrent que l’on « va » vers la victoire (présidentielle ou législative, quoique les deux soient maintenant liées). Un de ces signes c’est de gagner les élections partielles cantonales ou législatives. Car même si l’opposition a une prime, il arrive qu’elle ne soit pas capable de capitaliser sur ses propositions. Or dans le cas de Rambouillet, c’est bien d’un combat entre projet écologique et simple maintien conservateur de l’existant qu’il s’agissait. Et la candidate d’Europe Écologie a su convaincre de ses idées dans une ville pourtant chasse gardée des conservateurs et dirigée par un maire UMP, président du Sénat, Gérard Larcher. Le parti socialiste avait décidé de ne pas présenter de candidat apportant son soutien à la candidate d’Europe Écologie dès le premier tour. Même les différents courants d’extrême-gauche s’y sont mis avec une prime pour la défense de l’unité de la gauche de Jean-Luc Mélenchon !
D’une façon plus générale, je pense que le renforcement des écologistes est une bonne chose : elle permet de faire évoluer le PS sur les thèmes de société (énergie, logement, croissance, …) et il est de notre intérêt de renforcer ceux, parmi les Verts qui ont des positions compatibles avec l’exercice des responsabilités.
C’était donc un vrai plaisir de commenter cette victoire de la gauche et je vous donne rendez-vous pour la reprise de ce blog en Septembre.
Le sens de l’État et de l’action publique
Les dernières prévisions de croissance du FMI sont à la fois encourageantes et pessimistes. Encourageantes pour le monde avec une prévision de croissance du PIB mondial de 4,6% en 2010 et de 4,3 % pour 2011, de 10% et de 9, 6% pour la Chine et de 3,3% et 2,9% pour les Etats-Unis. La reprise mondiale est donc bien au rendez-vous car, à ces pays, on pourrait rajouter une longue liste d’autres pays tant en Asie qu’en Amérique du sud et en Afrique qui auront des taux de croissance de 3 à 8%.
Pessimistes mais réalistes pour l’Europe et pour la France avec des prévisions de 1% pour la zone euro et de 1,4 % pour 2010 et 1,6% pour 2011 pour la France.
Depuis plus de 10 ans l’Europe et la France sont à la traine. Le fameux programme de Lisbonne (2000-2010) qui devait faire de l’Union européenne la zone la plus avancée dans l’économie de la connaissance et les technologies nouvelles a fait « pschitt » et il y a fort à craindre qu’il en sera de même pour le nouvel « agenda 2020 » dont pas un euro de financement n’est assuré.
Plus grave à mon sens est la démission de la gouvernance, gouvernance européenne disparue depuis 10 ans, gouvernance française envolée avec la réduction permanente des impôts (des riches) et des recettes de l’État et, par conséquent, de la volonté d’agir de celui-ci, malgré les discours et les coups de menton que l’on connaît bien. Une des différences importantes avec les États-Unis est là : le président Obama a engagé un programme de relance économique considérable (800 milliards de dollars) ; il a agi efficacement pour la stabilisation du système financier US. La France, elle, est restée timorée sur ces deux points.
Retrouvons le goût de l’effort et de la volonté plutôt que cette fascination puérile pour les paillettes et les people ! Le sens de l’État est une tradition française !
Choucroute garnie
Je reprends ce blog après une interruption de 10 jours pour cause de voyage en Syrie.
Aujourd’hui nous nous sommes réunis à Strasbourg, au Parlement européen, pour débattre des propositions que le PS doit faire sur la crise financière et la gouvernance économique européenne. Il y a là des représentants des groupes parlementaires (Assemblée nationale, Sénat, Parlement européen), quelques universitaires amis et la direction du parti (Harlem Désir, Jean-Christophe Cambadélis, Élisabeth Guigou).
C’est une belle initiative due à Catherine Trautmann, présidente de la Délégation socialiste française Parlement européen. Cela parait aller de soi, être la règle et pourtant c’est, à ma connaissance, une première. C’est dire que nous avons encore des progrès à faire pour travailler amicalement, sérieusement, efficacement. Et pourtant nous n’avons plus qu’un an pour préparer notre programme de gouvernement, c’est-à-dire nos propositions pour 2012.
Les propositions sur la gouvernance économique seront rendues publiques en début de semaine prochaine.
Un peu plus d’Europe ne ferait pas de mal !
J’étais hier et aujourd’hui à Munich pour participer à un Congrès sur la propriété industrielle organisée par le Journal IAM. 450 congressistes, essentiellement des services brevets des grandes entreprises, quelquefois des PME les plus innovantes. Beaucoup d’Américains car pour eux la propriété industrielle est le moteur de l’innovation et de la croissance économique. Des Allemands car nous étions à Munich, peu de Français et encore moins des pays méditerranéens, traduisant ainsi la carte européenne de l’innovation. Je leur ai parlé de la nécessité d’utiliser les coopérations renforcées pour faire aboutir des projets comme celui du brevet communautaire qui piétine depuis 40 ans. En aurons-nous le courage ? Je parle aussi de la nécessité de réfléchir à la répartition des taxes annuelles entre les offices nationaux et l’OEB : ce sont des sommes considérables (800 millions euros par an) et il serait bon que l’on ait un débat au niveau politique (ministres de l’industrie ou équivalents) pour décider de la meilleure utilisation de ces sommes versées par l’industrie.
Le 18 juin
J’étais vendredi à la cérémonie du 18 juin qui se déroule comme chaque année au Mont Valérien. Elle est consacrée aux Compagnons de la Libération, ceux que de Gaulle a reconnus comme ses compagnons les plus proches dans le combat. Un Ordre qui n’a pas admis de nouveaux membres depuis 1945 et qui sera dissous avec la mort du dernier membre. Le seul critère a été le courage et l’engagement physique. Pas de combinards ni d’arrivistes : c’est rafraichissant. Il y a là toute la France qui a refusé l’armistice et la défaite : de tous les partis, de toute confession, du curé au permanent CGT, du 2ème classe au général, des femmes, des adolescents (le plus jeune avait 14 ans), …
Nous y allons parce que mes beaux-parents sont Compagnons, résistants fusillés par les Allemands en juin 1944. Leur rendre hommage semble la moindre des choses et j’imagine que c’est un sentiment partagé par toutes les familles qui sont là.
La présence d’une petite dizaine de Compagnons encore en vie sur les 1038 qu’a comptés l’Ordre rend la cérémonie d’autant plus émouvante. Malheureusement, la cérémonie a perdu le caractère simple, recueilli qu’elle doit avoir. C’est une tradition que le Président de la République l’honore de sa présence mais du coup cela devient un « barnum » considérable ; il monopolise toute l’attention (comment en serait il autrement ?) et faut-il vraiment qu’il serre les mains du public (et avec lui, le premier ministre, le ministre de la défense) ? Mon observation n’est pas dirigée contre le Président qui a été très digne pendant toute la cérémonie mais contre l’organisation de celle-ci.
Je plaide pour une cérémonie plus simple, réduite peut être en nombre de participants : être autour des derniers compagnons, permettre à l’un d’eux de parler de son engagement, laisser un temps de recueillement pour les morts : ne serait-ce pas plus satisfaisant ?
Au voleur, au voleur …… (Harpagon)
Ce matin, j’assiste au colloque organisé par Nicole Bricq au Sénat sur les relations économiques et financières entre les Etats-Unis et l’Europe (le dialogue transatlantique). Débat de très haut niveau entre les intervenants que j’ai pu entendre : côté américain (les professeurs James Galbraith, Robert Wade, Bill Black), côté français (Jacques Mistral, Jean de Maillard). L’enseignement central que j’en retire est celui-ci : le monde financier s’est affranchi des règles éthiques et morales sur lesquelles nos sociétés sont construites. La fraude intentionnelle et organisée, le brigandage de l’épargne du « bon père de famille » sont devenus la règle. L’exemple le plus connu est celui des prêts hypothécaires : si vous êtes une banque et que vous restez dans des normes de risques clients acceptables, votre marché et votre chiffre d’affaires croitront de 5-6% par an dans le meilleur des cas. Mai si vous acceptez de prêter à des clients de plus en plus insolvables (et vous le savez), votre marché va croitre autant que vous le souhaitez, surtout si vous faîtes payer une prime de risque (« subprime ») en leur expliquant que vous leur faîtes une fleur. Mais dirons les bonnes gens, toute chose a un prix et comme les débiteurs seront rapidement hors d’état de rembourser, votre beau système s’effondrera et vous serez vous-même en banqueroute. Que nenni ! C’est là qu’intervient la seconde fraude organisée. On a inventé la titrisation qui consiste à faire disparaitre ces mauvaises créances (ces créances hypothécaires qui seront jamais remboursées) dans les « paquets » de titres mélangés avec de très bonnes créances et des créances de qualité moyenne, ce qui rend impossible de mesurer le risque réel qu’elles représentent. Bien sûr, à la fin, la confiance dans le système s’est détériorée et le système s’est effondré. Qui a payé ? Les États, c’est-à-dire vous et moi. D’autres exemples : les 12 plus grandes banques américaines ont sciemment aidé ENRON à monter les plus grandes escroqueries imaginables, idem pour Worldcom (spéculation sur leur cours de bourse et manipulations comptables). Et on pourrait continuer ainsi longtemps. S’ajoute à cela le silence acheté des cadres « qui savent » : non seulement, leurs primes sont fonction des résultats mais dénoncer les actions frauduleuses revient à dénoncer ses amis, ses relations, ses chefs ce qui demande beaucoup de courage et de respect éthique.
Face à cette situation qui n’est pas une exception mais qui est, semble t il, généralisée les systèmes de contrôle sont faibles voir déficients. Le G20, après avoir réagi à sa réunion de Londres en 2009, a semble t il rayé la question de son agenda.
Et là où une politique active et volontaire de dissuasion et de répression serait absolument nécessaire, les gouvernements ne prennent pas de décision et se détournent de la question. Il serait intéressant de voir si une telle situation existe partiellement ou plus en France et si notre législation – que nous musclons chaque jour davantage contre les voleurs de poule – ne mérite pas d’être revue et renforcée.
« Les Diplomates » (à lire)
Pour ceux qui s’intéressent aux Français de l’Étranger, je recommande la lecture d’un livre plein d’humour et d’informations sur la vie des ambassades et des consulats ainsi que sur la vie des Français expatriés. Un bon sens de l’humour qui permet de sourire : « Les Diplomates » de Franck Renaud publié chez Nouveau Monde. Il passe en revue la plupart des problèmes auxquels nous sommes confrontés : l’évolution du réseau des ambassades avec la création des ambassades d’excellence, d’influence … ? L’effondrement des budgets, le repli du réseau culturel, la situation discutable du personnel local, etc. Décapant, rempli d’anecdotes qui en rendent la lecture plus que vivante.
ISBN-13 978-2-84736-518-4
http://www.nouveau-monde.net/livre/?GCOI=84736100012280
Souscrire via RSS