8 janvier 2026

Le Groenland : keep out !

    Le kidnapping par les Etats-Unis de Nicolas Maduro, Président du Vénézuéla, fait craindre le pire. Les soutiens de Trump considèrent qu’il n’y a aucune règle internationale ni même de traité à respecter : seuls comptent leurs intérêts et le droit du plus fort. Ce n’est pas nouveau dans l’ordre international du monde. Sans remonter à l’Empire romain, nous-mêmes, Européens, l’avons montré tout au long des siècles derniers.

Pourtant après la seconde guerre mondiale et la Shoah nous avons pensé qu’un droit international pouvait exister, construit sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sur l’humanisme et les libertés fondamentales. Ce fut la Charte de San Francisco de 1945 et la création dans Nations-Unies et de la Cour Internationale. En même temps, les Alliés de la seconde guerre mondiale signaient le Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) qui instaurait entre eux un système de défense commun.

 Cet ordre a plutôt bien fonctionné jusqu’en 2024, date de la seconde élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Il avait pourtant clairement annoncé la couleur, comme le font toujours les futurs dictateurs, et indiqué qu’il reviendrait à une politique extérieure isolationniste, à tort appelée doctrine Monroe (1823). Pour lui les puissances européennes ne devaient plus intervenir en Amérique, en échange de quoi les Etats-Unis feraient de même en Europe.  Cette idée est un paravent car les Etats-Unis ne sont pas privés d’intervenir largement en Amérique latine, d’abord au 19 et 20me siècle (plus d’une vingtaine de fois) ainsi que dans de nombreux autres pays. Par ailleurs ils font usage de leur puissance économique pour contraindre les autres pays à suivre leurs volontés (utilisation du dollar, règles juridiques américaines imposées).

Ce qui vient de se passer au Vénézuéla fait craindre le pire.

Trump a déjà menacé le Mexique, le Panama et le Groenland. Pour ce dernier, ce qui est en jeu ce n’est pas tant la question de sécurité puisque les Etats-Unis disposent déjà depuis 1950 d’une gigantesque base terrestre et aérienne à Thulé (devenue Pituffik) dans le Nord-Ouest du Groenland. Ce qui intéresse Trump et son gang familial de mafieux ce sont les ressources naturelles qui existent en grande quantité dans un petit pays de 50 000 habitants. Il ne s’agit pas créer des hôtels de luxe, des golfs, des casinos (encore que…) comme à Gaza, mais de mettre la main sur ces ressources minières : pétrole, gaz, uranium, métaux rares.

Certes peu de monde s’est montré désireux d’intervenir pour défendre Maduro. C’était un dictateur communiste, narco-trafiquant, qui a ruiné son pays (un des plus riches du monde) en quelques années, qui a instauré une corruption généralisée et qui a fait fuir à l’étranger huit millions – un quart de sa population. Peu de sympathie donc, même si son enlèvement et l’attaque militaire des Etats-Unis sont en tous points condamnables.

On rappellera que le Groenland est un État d’outre-mer associé à l’Union européenne qui dispose d’un statut d’autonomie dans le cadre du royaume du Danemark dont il fait partie depuis 1813. Il a été envisagé à plusieurs reprises que ce territoire devienne un Etat associé au Danemark et à l’Union, ou même devienne indépendant.

 Il est fort possible que Trump envisage de faire usage de la force militaire pour annexer le Groenland, qui n’est guère en mesure d’offrir une résistance quelconque. De même le Danemark, petit pays nordique, ne pourrait guère s’opposer à une telle action impérialiste.

Ce qui serait utile, c’est que les pays de l’Union prennent position fermement, y compris sur le plan militaire, en installant des forces armées, et s’engagent à défendre ce petit pays en tant que partie à l’Union. C’est tout à fait possible dans le cadre de l’OTAN et mettrait les Etats-Unis et le fou furieux qui les dirige dans une position délicate. 

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

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