3 mars 2026

Après khamenei ?

    Personne ne va pleurer l’ayatollah Khamenei, responsable de la répression, de la torture et de la dictature les plus sanglantes. On a du mal à comprendre comment il a pu être un “théologien” chiite, et en même temps un Staline au petit pied, quoique comme lui paranoïaque et psychorigide. Depuis 37 ans il poursuivait deux objectifs : posséder l’arme nucléaire et développer un réseau régional de soutien. L’un et l’autre sont un échec : il doit recommencer sans relâche ses efforts pour le nucléaire ; tous ses alliés régionaux sont à terre : le Hezbollah libanais, le régime syrien, le Hamas, le Jihad palestinien. Restent les Houthis (peu significatifs sur le plan militaire) et la Russie qui se garde bien de prendre position.

Les bombardements américains et israéliens de ces deux derniers jours ont débarrassé le monde d’une clique malfaisante. Reste la question de savoir s’il y aura un mouvement populaire pour renverser le régime. Les manifestations comme celles de “Femme, vie et liberté” après l’assassinat de Mhasa Assari et celles plus récentes contre la vie chère montrent la colère du peuple, malheureusement noyée dans le sang de la répression. Car le système est bien organisé pour résister, avec le Conseil des gardiens, l’Assemblée des experts (qui élit le guide dit suprême), l’armée et surtout les gardiens de la révolution (Pasdaran), véritable armée et police parallèle, qui contrôle en outre 60% de l’économie. Le tout baigne dans une corruption générale des classes dirigeantes.

Trump encourage le peuple iranien à se révolter, mais sans intervention militaire sur le sol iranien on peut douter qu’il le puisse. Le véritable objectif de Trump n’est pas l’instauration de la démocratie en Iran, mais de couper le robinet du pétrole à la Chine (80% des exportations iraniennes).  De plus, l’Iran est un pays composite : il y a moitié de persans (farsis) à côté de Kurdes, Azéris, Arméniens, Baloutches, Arabes, et divisé socialement : les Bazaris (commerçants) ont perdu de leur influence au profit des mollahs, tout comme les artisans. La majorité de la population reste agricole et loin de la vie politique.

Qui peut unifier ces diversités ? aucun nom n’émerge sinon celui de Reza Pahlavi, le fils du Shah renversé en 1981. Il a une base politique restreinte et se trouve lié à l’extrême-droite américaine et à Trump.

La conclusion provisoire de ces derniers jours est la fin des négociations dites de paix qui se déroulaient à Oman ; une victoire militaire mais surtout politique pour Netanyahu (n’oublions pas les élections générales cette année en Israël) et pour Trump, le plus belliciste des Présidents américains depuis 1945. Il y a certes les “mid term elections” en novembre prochain – mais qui nous dit que Trump ne cherchera pas à les reporter ?

L’Europe est la grande absente de toute cette affaire mais c’est par sa faute : brouillonne, divisée, hésitante, elle est précisément l’exemple à ne pas suivre.

J’en ressens une grande honte.

Enfin n’oublions pas l’Ukraine qui reste le grand et vrai problème de l’Europe.

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

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