29 septembre 2022

Macron : quel second mandat ?

Macron est réélu pour 5 ans, ce dont je me réjouis car on ne voit pas qui ferait mieux que lui. Mais nous savons que les seconds mandats sont toujours pleins de périls, et les résultats du deuxième tour des législatives le confirment. Macron n’a plus de majorité absolus et subit un revers sévère. Usure, montée des ambitions (légitimes) des successeurs à venir, relations difficiles avec le Parlement : il y a peu d’exemples de second mandats réussis et les prochains mois s’annoncent d’ores et déjà difficiles.

Je souhaite, comme beaucoup, que le Président change et s’ouvre aux différentes composantes de la société française. Qu’il fasse du Président un arbitre, un recours et non celui qui s’occupe de tous les détails. Il y a pour cela un Premier ministre et un gouvernement. Qu’il fasse confiance, qu’il écoute et soit prêt à modifier son point de vue, qu’il délègue … Je le souhaite mais je crains que pour une personnalité comme lui il soit bien difficile de changer.  Il doit écouter le Parlement.  J’ai trop souffert, comme tant d’autres, du caporalisme qui règne au Sénat comme à l’Assemblée nationale où toute proposition de loi, tout amendement est considéré comme une atteinte au pouvoir exécutif, un manque de loyauté, presque une trahison ! Coups de téléphone du cabinet du ministre concerné, appels du ministre chargé des relations avec le Parlement, pressions sur les collègues, convocations pour être sermonné … toute la panoplie y passe. C’est presque l’école primaire !

Pour être exact, tout ceci ne date pas de Macron : c’est dans les gènes de la Vème République. Mais ce qui était fondé en 1958, avec les errements de la IVème République, n’est plus vrai aujourd’hui. La France est mûre pour un régime semi-présidentiel avec une Assemblée élue avec 25 à 30% de proportionnelle. L’ex REM et ses divers avatars peut très bien gouverner avec la composante social-démocrate du PS et avec le centre gauche de l’UDI et même une (petite) partie de LR.  L’exemple du gouvernement de Michel Rocard, de 1988 à 1991, montre que des réformes importantes (RMI, CSA, CSG, Nouvelle Calédonie) peuvent être passées en cohabitation, soit par négociation et dialogue (ce qui manque à Macron) soit, in fine, en utilisant l’article 49.3 de la Constitution. Seulement son utilisation est maintenant limitée.

Vu les résultats, on peut craindre que la principale réserve à l’Assemblée soit LR et donc que la dérive droitière de Macron s’accentue, voire même qu’un accord de gouvernement soit recherché.  Moi, je n’en serai pas. Je pense qu’il faudra, au moins dans un premier temps, chercher des majorités texte par texte et voir comment cela fonctionne. Après tout, c’est la situation de presque toutes les grandes démocraties. Ce n’est qu’après qu’une dissolution pourrait être considérée, quoique toujours délicate.

Le plus grave pour moi c’est qu’il y a maintenant une forte opposition à l’Assemblée sur la construction européenne (une bonne part de NUPES, une bonne part de LR, la totalité du RN). Quel gâchis ! Le France va perdre son rôle moteur sur l’Europe.

 L’autre déconvenue est la rupture du Front Républicain qui était pourtant un des marqueurs de Macron. Le fait que la position de la REM, une sorte de ni-ni, ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de LR (déjà sous Sarkozy) et de Mélenchon (très ambigu) n’est pas une bonne raison, au contraire. Je m’étais engagé pour Macron en 2016 en priorité pour battre Le Pen.

Décidément, un mauvais dimanche !

©cc-by-sa-2.0

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

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