26 avril 2026

la traite des Africains, crime contre l’humanité ?

L’Assemblée générale des Nations Unies vient d’adopter une résolution portant sur “la reconnaissance et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité “. La résolution considère comme crimes les plus graves la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains.

 Personne ne peut nier ce qu’a été le commerce d’esclaves, en particulier le commerce dit triangulaire fait par les Anglais et les Français entre l’l’Europe, l’Afrique et les Amériques : un crime contre la dignité humaine, un crime contre les hommes, une manière de s’enrichir de manière injuste. La France a d’ailleurs été un des premiers pays à voter l’abolition de l’esclavage dès la Révolution puis en 1848 à l’initiative de Victor Schoelcher. Même si aujourd’hui encore, persistent des formes plus ou moins modernes d’esclavage, par exemple le fait de faire travailler les livreurs à domicile 16h par jour pour un salaire dérisoire – en sachant que les émigrés sans papier n’ont pas d’autre choix. Il y a beaucoup d’autres exemples : la shoah, l’apartheid, les épurations ethniques, l’exploitation sexuelle des femmes, le travail des enfants. Ce sont toujours les groupes humains les plus fragiles, les plus pauvres qui en sont victimes.

Pourtant cette résolution laisse un doute sur sa justesse. D’abord parce que les traites négrières, tout horribles qu’elles aient été, ne sont pas des génocides puisque l’objectif était de vendre ces esclaves pour les faire travailler et faire fortune. Puis le texte concerne, exclusivement semble – t – il les Africains, alors que d’autres groupes ethniques ou religieux ont été victimes de l’esclavage, par exemple les habitants de l’Inde ou les populations est-africaines vendus au Proche Orient. On peut y ajouter les populations déportées en Arabie et en Europe et le grand trafic transsaharien, sans oublier les Européens capturés par ce que l’on appelait à l’époque “les Barbaresques”. Rappelons que les Africains étaient vendus aux négriers par leurs “frères”, soit qu’ils aient été vaincus soit qu’ils ne pouvaient résister.

De plus la résolution instaure une reconnaissance de torts historiques pour des actes qui n’étaient pas illégaux au moment où ils étaient commis. Elle crée donc une rétroactivité du droit et des sanctions, ce qui est difficile à accepter.

Enfin, et c ‘est sans doute l’objection la plus forte, la résolution instaure une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité. Elle n’a pas lieu d’être et est erronée. L’esclavage a été un crime suffisamment condamnable pour ne pas avoir besoin d’’être listé en tête (ou pas) des crimes contre l’humanité.

La résolution poursuit avec des demandes d’excuses formelles, de réparation des torts du passé et de compensation pour les descendants, de restitution des biens culturels.

Chacun de ces points mérite une discussion même pour ceux qui sont de plein droit.

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

Voir tous les articles de Richard Yung →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *