Je reviens dans la Grande Ile, le pays de mon enfance comme dirait Charles Trenet. Ce n’est pas la première fois, puisque lorsque j’étais sénateur des Français à l’étranger, j’y suis venu chaque année. Mais cette fois-ci, je suis venu pour présenter mon livre « ABC de Madagascar » dans différentes écoles, universités et le déposer dans les librairies.
On doit constater année après année que la situation matérielle se dégrade : la pauvreté gagne du terrain (Madagascar est parmi les pays les plus pauvres du monde), l’économie ne progresse pas et comme il y a une pression démographique importante, le niveau de vie recule. Les infrastructures se dégradent : routes défoncées, pas de chemins de fer, électricité défaillante, corruption et climat des affaires bien difficiles (bien que je n’aime pas tenir ce discours défaitiste aux relents néo-coloniaux alors que j’aime ce pays). Un exemple récent : l’affaire du téléphérique de Tananarive. L’idée était bonne : celle de construire un téléphérique dans une ville complétement congestionnée pour laquelle aucun investissement n’a été fait depuis 60 ans et qui de plus est très vallonnée. Une ligne ou deux de téléphériques permettraient d’aller en quelques minutes d’un point à un autre. De nombreuses villes de par le monde ont adopté cette solution. Malheureusement, ce projet est connoté Rajoelina (le Président qui a été renversé par les jeunes de la GenZ et l’armée il y a quelques mois). Il doit donc être abandonné. De plus on s’aperçoit, mais un peu tard, que l’alimentation électrique est défaillante et ne permet pas de le faire fonctionner. Résultat : Madagascar doit rembourser 175 millions d’euros sur six ans au Trésor français, ce qui est impossible. Le téléphérique ne fonctionnera pas, un désastre à tous points de vue.
Pendant ce temps-là, la Russie profite de la volonté (légitime) de la nouvelle équipe au pouvoir de diversifier ses alliances internationales pour développer ses relations avec la Grande Ile. Elle le fait à sa façon : la force, la violence, la rapacité ! Ainsi elle vient de donner deux blindés et différentes armes à ce pays qui est une île et n’a pas d’ennemis. C’est tout à fait inutile, et de l’argent gaspillé, mais ce sont les militaires qui sont au pouvoir donc ils aiment avoir de beaux joujoux. Ces financements seraient plus utilement employés pour investir dans l’agriculture, les routes, les écoles. Mais ce ne sont pas des priorités pour les Russes.
Nous avons donc un nouveau gouvernement, des militaires soutenus par une partie de la jeunesse qui s’était révoltée contre le régime Rajoelina qui était devenu honni. Pour le moment, il ne s’est pas passé grand-chose mais on ne peut faire de conjectures sur la politique que va suivre ce nouveau régime.
Gardons l’espoir qu’il s’engage dans une action économique et sociale pour le peuple malgache qui souffre tant depuis tant d’années. Comme souvent à Madagascar, un processus de dialogue entre les partis politiques et les associations de la société civile est engagé, mais comme souvent les choses n’avancent pas, alors qu’il faut refonder les institutions, procéder à des élections démocratiques et remettre le pays en ordre de marche.