30 novembre 2022

Soutine : le maître du rouge

Je ne connais pas grand chose de Chaïm Soutine, né à la fin du 19ème, dans un shtetl de  Lituanie sous domination de la Russie. Pauvre, peu éduqué, il apprend la peinture à Vilnius avant d’émigrer à Paris où il vivra dans une grande misère et saleté à Montparnasse. Il sera lié avec Modigliani avec qui il partage un atelier puis commencera à être connu et à vendre, quoique cela lui déchire le ventre de se séparer d’une de ses toiles. D’un caractère sauvage, taciturne, “ours”, Il ira vivre dans le Midi, à Vence, Cagnes, et découvrira ces couleurs et ces paysages qui ont séduit tant de peintres.

Grâce à cela nous avons une série de paysages de Céret et des villages des Pyrénées orientales : place ornée d’ormes, route sinuant vers la colline, maisons qui tremblent et semblent tout entraîner dans un tourbillon étourdissant. Tout cela annonce le surréalisme et la déconstruction des motifs. A côté de cela, une galerie de portraits de toutes sortes : les travailleurs du café et de l’hôtellerie, quelques bourgeois qui veulent laisser une trace. Ce qui frappe, outre le déhanchement des personnages, c’est la tristesse de leur regard, celui de l’artiste. Et puis et surtout, ces natures mortes si fortes qu’elles vous laissent tout pantelant : les trois harengs et oignons, un lapin tué, et le célèbre boeuf écorché qui vous jette tout son sang et ses tripes au visage.

Quelle puissance, quel jeu des couleurs, quelle nostalgie !  (exposition à Paris, à l’Orangerie des Tuileries).

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

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