20 juin 2024

Adieu M. Macron !

 Triste soirée au Parlement hier avec le vote de la loi immigration par le Sénat (ce n’est pas une surprise) et par l’Assemblée Nationale. Soulignons que ce dernier vote a été acquis grâce aux voix du RN. Sans elles le vote aurait été 261 pour et 274 contre (la majorité étant de 268). Le président a montré que sa dérive politique l’a jeté dans les bras de la droite LR qui devient de plus en plus dure et se rapproche de l’extrême-droite de Marine Le Pen. Une belle victoire idéologique lui a été servie sur un plateau d’argent. Nous pouvons craindre une victoire sans pareille de l’extrême-droite aux élections européennes du 9 juin prochain, et qui peut prévoir le résultat de l’élection présidentielle de 2027.

 Ce qui est sûr, c’est que Renaissance, le soi-disant parti d’E. Macron, s’est divisé et sans doute n’existera plus à cette date.  Nous devions faire barrage à Le Pen, c’est tout le contraire. Nous espérions un dépassement du clivage bête droite-gauche : nous voilà floués.

Et cette loi immigration, la 30ème en 29 ans, sera tout aussi inefficace que les précédentes. Il faut le répéter, c’est au niveau européen que les décisions peuvent être efficaces, et par le texte négocié à Bruxelles. Cette loi reprend les principales lubies de la droite que j’ai combattues pendant 20 ans au Sénat : durcissement du regroupement familial, accès restreint à la nationalité, caution pour les étudiants étrangers, restrictions à l’accès à certaines prestations sociales, déchéance de nationalité et l’aide médicale aux étrangers jetée aux orties. On nous a présenté le texte comme équilibré, à la fois ferme et humaniste. Il n’est que répressif.

Ce qui est grave, c’est que dans cette démarche, Macron a jeté à la rivière ce qui constitue nos valeurs fondamentales d’une gauche humaniste écologiste. Soi-disant parce que le peuple de France voudrait une politique sévère contre l’immigration.  Le vrai courage en politique c’est de défendre ses idées même si elles ne sont pas majoritaires. La France et l’Europe ont besoin de main-d’œuvre pour faire fonctionner la machine économique – on ne peut que s’étonner de la discrétion totale du patronat dans ce débat.

Il reste à reconstruire une gauche socialdémocrate, humaniste, à modifier la Constitution sur le référendum, à changer le mode de scrutin avec une dose de proportionnelle, et à faire avancer l’idéal européen.

Ceci veut aussi dire : adieu M. Macron !

© European Union via Wikimedia Commons

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

Voir tous les articles de Richard Yung →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *