10 août 2026

Je n’irai pas dormir en Corse (d’après Michel Rocard)

    On vient de revoir une scène de l’ancien temps : une bande de gugusses déguisés en bandits portant cagoules et habits noirs, kalachnikovs à la main, tous très funèbres. Derrière une table portant une tête de Maure, l’un d’entre eux ânonne un texte. Seul le journaliste de Corse Matin a été invité à participer à cette joyeuse fête : quelle responsabilité pour lui !

Le propos de ces charmants garçons est de refuser le projet de loi portant amendement de la Constitution, prévoyant de nombreuses mesures d’autonomie pour la Corse : co-officialité de la langue, statut de résident, possibilité d’adopter des mesures législatives ou réglementaires spécifiques à l’île. Ce texte a été adopté à une large majorité par l’Assemblée de Corse et soutenue par les partis autonomiste. Mais ces messieurs du FLNC, qui pourtant avaient annoncé à grand bruit qu’ils renonçaient à la violence, menacent de reprendre les armes si ce texte adopté par l’Assemblée nationale était voté au Sénat puis en Congrès à la majorité des ¾.

On peut avoir des doutes sur la pertinence du statut de résident qui vise à réserver la propriété foncière aux seuls natifs de Corse, ce qui revient à leur laisser le monopole de la spéculation immobilière. De même la “corsisation” des emplois nous garantit de nombreuses grèves, revendications spécifiques. Mais si on veut être cohérent avec les idées de décentralisation et d’autogestion, l’autonomie poussée de l’île est nécessaire.

Nous aurions alors à faire face à d’autres demandes d’autonomie : en Bretagne, au pays Basque, en Alsace – est-ce que cela mettrait en danger la République ? Je ne le crois pas.  

En attendant on ne doit pas porter plus d’attention que nécessaire à une bande de gamins attardés qui ne représentent qu’une centaine de personnes dans l’île, même s’ils peuvent faire le mal.

Mais en ce qui me concerne, contrairement à ce que disait Michel Rocard, je n’irai pas dormir en Corse.

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

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