Michel Rocard était tombé amoureux d’une jeune et belle corse, Sylvie, et de son village, Monticello, au nord de Calvi, dans le superbe massif de la Balagne. Un cœur sensible et ouvert adoucissait la rigueur protestante et la froideur des chiffres qui marquaient la politique de l’homme d’Etat.
Et ce petit cimetière, accroché au flanc de la montagne raide, couvrant la mer de l’ouest (comme disent les chinois) donnait une certaine idée de l’infini, de la beauté, de l’immensité. Sans doute aussi de la vérité, la valeur cardinale de Michel Rocard. Une plaque de marbre toute simple portant seulement son nom, un grand auvent de pierre blanche, les deux conçus par le sculpteur Soulage.
De nombreux amis étaient venus, certains de Paris comme ses proches collaborateurs, Jean Paul Huchon, Jean François Merle qui était le grand ordonnateur, Yves Colmou, Scarlett sa secrétaire, des militants comme Pierre Brana et son épouse, nous-même, de nombreux élus corses car je découvris que la Corse était rocardienne dans ses fibres les plus profondes. Enfin de nombreux amis de la commune.
Une cérémonie d’une grande sobriété qui s’inscrit parfaitement dans celle du lieu. Plusieurs chants corses très simples avec deux belles voix et une guitare. Pas de discours sauf un mot du maire un peu plus tard au vin d’honneur.
Le soir, dans jardin botanique, une première surprise : le buffet est organisé et tenu par de jeunes filles malgaches qui semble-t-il viennent de la petite ville de Betioky du sud de l’Androy. Je leur dits quelques mots en malgache, ce qui suscite des éclats de rire. La deuxième, plus forte, est la projection du film tourné avec coeur par Jean Michel Djian, avec une délicatesse et une amitié sans faille : son enfance, ses années de scoutisme, son entrée au PSU, ses tentatives à la présidentielle, sa rivalité avec François Mitterrand et leurs deux personnalités si opposées quant à la culture, au regard sur l’homme, le respect des valeurs qui font la gauche social-démocrate et européenne. Plus tard son engagement européen et, en dernier celui pour la protection de la biodiversité, dans sa passion pour la protection des pôles.
Nous sommes repartis avec de plus beaux sentiments dans nos cœurs, en quelque sorte grandis par le lieu, par Michel et ses valeurs et par l’amitié. Ne disait-il pas : “à l’occasion, venez me voir, il faut garder les liens” : ce que nous nous sommes efforcés de faire.