1 août 2026

Ceuta, ou les portes de l’Europe

Ceuta est une petite enclave espagnole sur la côte nord-est du Maroc, en face d’Algésiras et de Gibraltar. A l’époque grecque elle était une des deux colonnes d’Hercule qui marquaient la fin du Monde et l’entrée en Méditerranée. Espagnole depuis 1668 elle est revendiquée par le Maroc.

 La sénatrice Claudine Lepage et moi-même avions fait en juin 2014 une mission d’information à Ceuta. La situation migratoire était déjà très mauvaise avec un flux ininterrompu de migrants illégaux. Les autorités de la ville que nous avions rencontrées (la maire, le général des Forces armées, le chef de la douane) avaient souligné la difficulté sinon l’impossibilité de rendre la frontière étanche. Un mur haut de trois mètres surmonté de barbelés entoure la ville, des patrouilles maritimes surveillent la mer : rien n’y fait. Chaque jour en temps ordinaire une cinquantaine de personnes ou plus, de toutes nationalités, tentent leur chance y compris par la mer, alors même qu’elles ne savent pas nager. Quand la marée est haute on trouve plusieurs corps sans vie sur le port de Ceuta.

Il faut comprendre qu’une haute colline surplombe la côte marocaine, donnant une vue très claire de l’autre côté du détroit de Gibraltar, à tel point qu’on a l’impression de pouvoir le toucher de la main. Ainsi nombreux sont ceux qui, sans information, achètent une bouée ou un petit canoë gonflable pour enfant, et tentent la traversée. Laquelle est très dangereuse car il y a de forts courants dans le détroit à cause de la différence de salinité et de température entre l’Océan atlantique et la Méditerranée. Résultat : 67 morts hier.

Quand on fait la route de Tanger à Ceuta on croise des dizaines de candidats au départ, souvent d’Afrique de l’Ouest ou des Marocains qui se cachent à peine. Quand ils sont pris par la police marocaine les Africains sont ramenés au Sud et relâchés dans le Sahara où on leur dit “ allez-y, c’est tout droit”.  Les autorités ne sont pas très actives car elles pensent ainsi exercer une pression forte sur l’Espagne pour que Ceuta revienne au Maroc. Le roi n’a pas eu un mot sur la question, montrant son peu d’intérêt pour tous ceux et celles qui ne trouvent pas d’emploi ou qui vivent dans la pauvreté. Du moment qu’il a un bel hôtel particulier sur le Champ de Mars !

La récente entrée en masse de 60 000 personnes à Ceuta est due à des passeurs malhonnêtes qui font croire que le territoire espagnol et donc européen est accessible sans visa. Ceuta est pourtant dans un régime spécial dérogatoire à Schengen.

Contrairement à ce que disent l’Italie, les partis d’extrême droite et Trump, l’Espagne ne peut être exclue des accords de Schengen. Mais l’occasion est trop belle pour les racistes de toutes sortes d’illustrer le soi-disant “grand remplacement” des populations européennes.

Dans les faits, la quasi-totalité de toutes les personnes entrées est repartie vers le Maroc. Le territoire de Ceuta est trop petit pour les accueillir et surtout les nourrir.

La question du statut et de la souveraineté de Ceuta reste entière. Un accord de co-souveraineté, comme celui qui vient d’être négocié pour Gibraltar entre le Royaume-Uni et l’Espagne, serait une bonne solution.

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

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