30 novembre 2022

visite à Alger d’Emmanuel Macron

   Il a de la constance, notre Président. Retourner en Algérie pour la deuxième fois depuis son élection, c’est d’autant plus volontaire que les résultats ne sont pas à la hauteur.

Les Algériens n’ont jamais répondu à la main tendue. Au contraire, ils ont toujours critiqué les initiatives françaises dans le domaine mémoriel, social et politique et n’ont jamais fait la moindre proposition de coopération. Il est vrai que le système algérien vit sur la rente de la guerre d’Algérie et des 130 ans de colonisation. Ces années ne sont pas à porter au crédit de la France : accaparement des terres, refus de la citoyenneté française, représentation politique des Algériens réduite à rien, manque d’éducation…Et je ne parle pas de la guerre pour l’indépendance avec son cortège d’horreurs des deux côtés ! Alors quoi de plus facile, quand les choses vont mal, que d’invoquer la responsabilité passée et présente de la France, surtout pour un régime entièrement accaparé par la hiérarchie militaire et qui pratique la corruption la plus complète.

Emmanuel Macron a eu raison de dire ces choses-là lors de sa rencontre avec des familles algéro-françaises en 2021, reprenant ainsi les revendications du mouvement Hirak qui a eu le mérite de “dégager” Bouteflika et sa clique.

 Il a eu tort par contre de se demander si les Algériens formaient, avant la colonisation française en 1830, une nation, c’est-à- dire un ensemble cohérent sur le plan culturel et politique. C’est une forme d’insulte pour chaque Algérien. Sans remonter aux guerres puniques, ni aux royaumes berbères, les échanges et les occupations réciproques avec l’Espagne et l’Europe montrent bien une Nation formée, même si la colonisation ottomane, assez formelle et limitée à une mince bande côtière, cachait des conflits tribaux nombreux et violents. Rappelons-nous aussi les combats acharnés contre les armées d’Abd el Kader.

Quel malheur de ne pouvoir se réconcilier de chaque côté de notre Mare Nostrum alors que nous avons su et pu le faire avec l’Allemagne malgré un passé bien plus lourd. La mise sur pied d’une commission mixte d’historiens ne changera pas grand-chose car l’essentiel n’est pas là.

 L’invasion russe en Ukraine nous oblige à diversifier nos sources d’approvisionnement en gaz et pétrole : c’est d’abord cela que va chercher Macron à Alger, même si les Algériens ne disposent pas de la capacité pour répondre immédiatement (les Italiens sont passés avant nous). Mais en la matière il faut viser le long terme.

Sur la question des visas, nous avons eu raison de contraindre le gouvernement algérien à accepter les illégaux que nous lui renvoyons. Il n’a rien à opposer à cela. Nous pouvons par contre nous montrer plus ouverts pour les visas de travail de personnes formées ou pour les visites familiales.

L’Algérie peut également devenir un marché important pour l’avenir puisqu’elle dispose d’une manne pétrolière importante et que le développement de ses entreprises, surtout les PME, est freiné sinon bloqué par sa bureaucratie et la corruption.  Il y a là une chance pour la France.

Enfin, l’Algérie est attentive à ce qui se passe vers sa frontière sud et est. Le retrait de Barkhane du Mali laisse ce dernier pays à la merci des différentes katibas salafistes et islamistes. Ce qui se passera dans cette zone sahélienne concerne pleinement Alger.

Un sujet de plus pour l’agenda des entretiens.

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

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