2 mars 2024

Bolloré : et dix de der !

   La nomination de Geoffroy Lejeune comme rédacteur en chef du Journal du Dimanche est grave. Il avait été débarqué du torchon “Valeurs Actuelles” par le financier Safra pour cause de trop d’extrême-droite et aussi parce que les ventes avaient chuté de moitié depuis que le journal était devenu le tract électoral de Zemmour. Elle marque la progression de l’extrême-droite la plus dépravée (ce qu’il partage avec le triste Hanouna) dans les médias et sur le plan idéologique. Je n’ai pas le talent d’Eric Orsenna qui dans sa fable “Histoire d’un ogre “ (chez Gallimard) nous a déjà alerté sur le danger de la progression de Vincent Bolloré dans la presse, l’édition, bref ce qui touche à la pensée. Mais il me semble nécessaire de réagir.

Tant qu’il s’occupait de transports, de ports, de conteneurs, de trains, de voler les Africains, on pouvait penser “ il ne met pas en cause la démocratie, les libertés individuelles, l’information juste “.

La stratégie affichée, le plumage complet du groupe Lagardère que le “pauvre” Arnaud est bien incapable de défendre correspondent à un dessein politique : développer l’extrême-droite, soutenir le fantoche Zemmour et Marion Maréchal-Le Pen, peser dans le débat et pour les prochaines élections. La particularité de Bolloré est d’intervenir en permanence sur le contenu du journal, de censurer, de menacer les rédacteurs, de remettre en cause la liberté d’expression.

Ce n’est pas pour gagner de l’argent, ce n’est pas pour développer les entreprises dont il prend le contrôle (Europe 1, Paris Match, Canal+, CNews) qu’il agit : c’est pour les thèses de ses amis comme Houellebecq et consorts :  positions pro Poutine, raciste, complotiste, grand remplacement. Perdre beaucoup d’argent lui est indifférent – il en gagne suffisamment par ailleurs. Que toute la rédaction démissionne, aussi : au contraire, ils seront plus faciles à remplacer (voir Europe 1 et autres). Des condamnations à de grosses amendes pour injures, mensonges, racisme, au contraire : plus il y en a, plus on parle de vous et les gogos vont regarder.

Malheureusement dans un système capitaliste comme le nôtre celui qui a le capital détient le pouvoir. Il n’y a pas grand chose à faire, sinon mettre en place une législation spécifique pour les organes de presse, comme par exemple les fondations qui dans les pays nordiques gèrent les radios et télévisions en toute indépendance.

Richard Yung

Richard Yung, Sénateur des Français de l'étranger de 2004 à 2021, partage ici ses réactions à l'actualité.

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